Les systèmes fédéraux – entretien avec Johannes Müller Gómez

Johannes Müller Gómez est doctorant en science politique en cotutelle à l’Université de Montréal et à la Ludwig-Maximilians-Universität de Munich. Il est actuellement directeur de programme et membre du comité directeur de l’Association Monnet d’études européennes de Cologne (COMOS), co-président du réseau des jeunes chercheurs au sein de l’Association d’Études sur la Communauté Européenne (ECSA-C) et directeur du projet Jean Monnet DAFEUS.

Sur quoi porte votre recherche?
Mon projet vise à expliquer la capacité des systèmes fédéraux à accomplir leurs engagements internationaux. Concrètement, j’étudie pourquoi certains systèmes fédéraux, y compris l’Union européenne, réussissent mieux à mettre un œuvre des accord internationaux que d’autres.
L’Union européenne, à proprement parler, n’est pas un système fédéral. Néanmoins, de plus en plus d’auteurs soulignent que le fonctionnement interne de l’UE se rapproche de celui d’un État fédéral. Je soutien l’argument que la comparaison du système de l’UE aux systèmes fédéraux peut servir à mieux comprendre le fonctionnement du système de l’UE et des systèmes à plusieurs niveaux en général.

Quel matériau utilisez-vous?
En termes générales, je poursuivrai une analyse comparative en utilisant des données qualitatives et quantitatives. Dans un premier temps, j’effectuerai une comparaison globale de tous les systèmes fédéraux et de leur mise en œuvre par rapport aux promesses de réduction des changements climatiques antérieures à 2020 présentées dans le cadre de la CCNUCC (Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques). Concrètement, j’appliquerai la méthode QCA («qualitative comparative analysis») qui est conceptualisée comme une voie médiane entre les sciences sociales quantitatives et qualitatives.
Dans une deuxième étape, j’analyserai l’Union européenne et le Canada, et les rôles de la Bavière et du Québec en détail pour mieux comprendre les dynamiques et les processus au sein d’un système fédéral et pour saisir le mécanisme causal. Ici, le traçage du processus («process-tracing») en tant qu’approche qualitative constitue une méthode appropriée pour comprendre comment un processus a conduit à un résultat donné.

Vous étudiez l’Union européenne depuis le Canada, quels sont les atouts et les défis de cette posture?

La distance ! D’une part, la distance aide à voir l’UE sous un angle différent. En tant qu’Européen, on oublie souvent que l’UE est perçue différemment à l’étranger qu’en Europe – dans l’opinion publique mais aussi sur le plan académique. Une telle vue de l’extérieur est très précieux et utile. D’autre part, Bruxelles est loin de Montréal, ce qui représente un défi logistique et financier, notamment en matière de recherche sur le terrain.

Quel conseil donneriez-vous à un(e) étudiant(e) qui débute sa recherche sur l’Union européenne?

Allez à Bruxelles ! Je trouve alarmant le nombre de scientifiques qui explorent l’UE sans jamais avoir parlé à un membre des institutions européennes. Même si les résultats d’un entretien ne sont pas nécessairement utiles pour nos propres recherches, ils nous fournissent des informations précieuses, qui nous permettent de mieux comprendre l’ensemble de l’UE.
Je suis conscient qu’un séjour de recherche à Bruxelles est associé à de nombreux obstacles. Vous avez besoin de ressources financières, de contacts au sein des institutions européennes afin d’obtenir accès aux personnes à interroger, etc. Mais ça vaut le coup d’essayer !

Posté dans Brèves de recherche