Les politiques migratoires – Entretien avec Juliette Dupont

Juliette Dupont est étudiante au doctorat en science politique à l’Université de Montréal depuis septembre 2016. Elle est diplômée d’un Master en Affaires Européennes de Sciences Po Lille et elle a travaillé un an comme conseillère politique à la commission des finances du Sénat, à Paris.

Sur quoi porte votre recherche?
Ma thèse aborde un aspect peu étudié des politiques migratoires: les régimes de visa, en France, au Royaume-Uni et au Canada. Le visa est une obligation administrative imposée par des gouvernements afin de contrôler – voire exclure – certains étrangers de leurs territoires sous prétexte de lutter contre l’immigration irrégulière.
Or, j’observe que son utilisation a pris un tournant inattendu depuis le milieu des années 2000: croissance exponentielle des demandes et des recettes publiques liées à l’activité de délivrance dans les pays émergents, recours à des sous-traitants pour collecter les dossiers, ou encore mise en place de procédures et produits dits « VIP ». Les pouvoirs publics, tels que la Commission Européenne ou Citoyenneté et Immigration Canada, encouragent même à développer le visa comme un levier d’attractivité des touristes et investisseurs.
C’est donc l’articulation entre le visa comme « verrou » et le visa comme « vitrine » que je compare à travers ces trois cas, tout en cherchant à mettre en évidence le transfert et les mimétismes d’un système à l’autre.

Quel matériau utilisez-vous?
Ma méthodologie est essentiellement qualitative. Au moyen du «process-tracing», je cherche à repérer et expliquer l’émergence de ce nouvel objectif assigné au visa. J’analyse des documents institutionnels consacrés au visa, et je conduis des entretiens semi-directifs avec les acteurs de la politique des visas, pour reconstituer la dimension très protéiforme de cet instrument. Afin d’approfondir la dimension socio-historique, je consulte aussi les archives, ce que je suis en train de faire aux centres d’archives diplomatiques de Nantes et La Courneuve, en France, grâce à une bourse de recherche.

Vous étudiez l’Union européenne depuis le Canada, quels sont les atouts et les défis de cette posture?
La scolarité à Montréal me fournit une formation théorique solide, qui selon moi n’a pas d’équivalent dans le système français. J’ai le sentiment d’être mieux préparée pour le travail d’enquête. De plus, étudier les politiques migratoires depuis le Canada me donne une perspective très différente par rapport au climat politique européen, où la question est saturée par les préoccupations sécuritaires et identitaires. Par contre, une comparaison transatlantique implique des allers retours fréquents entre deux continents, avec tous les soucis de logistique, d’hébergement, mais aussi de vie sociale qui vont avec. Il faut accepter d’être toujours dans le mouvement!

Quel conseil donneriez-vous à un(e) étudiant(e) qui débute sa recherche sur l’Union européenne?
Beaucoup d’esprit critique! Et d’un point de vue pratique, je conseillerais d’être mobile pour multiplier les réseaux, et de mettre l’accent sur la maîtrise de plusieurs langues, pour ne pas se retrouver limité ou limitée par l’accès aux sources en cas de comparaison de plusieurs États membres!

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