Les politiques d’asile dans l’UE – Interview with Ahmed Hamila

Ahmed Hamila est doctorant en science politique en cotutelle à l’Université de Montréal et à l’Université libre de Bruxelles et président du Young Researchers Network de l’European Community Studies Association – Canada (ECSA-C). Il est titulaire d’une licence en droit l’Université Lumière-Lyon II et d’une maîtrise en science politique de l’Université de Montréal.



Sur quoi porte votre recherche ?

Depuis l’adoption du traité d’Amsterdam et la « communautarisation » du domaine de l’asile, l’Union européenne s’est engagée dans un processus d’harmonisation des pratiques d’asile au sein des États membres à travers la promulgation du régime d’asile européen commun (RAEC). Toutefois, les spécialistes sont unanimes pour affirmer que les conditions d’accueil des demandeurs d’asile, les procédures de traitement des demandes d’asile et les critères retenus pour conférer le statut de réfugié diffèrent considérablement d’un État membre à l’autre de l’Union européenne. Ce paradoxe est à l’origine de mes recherches doctorales : pourquoi malgré un processus d’européanisation en matière d’asile les pratiques au sein des États membres diffèrent-elles fortement ?

Quel matériau utilisez-vous ?

Au niveau méthodologique, j’ai recours à une analyse comparée du « refugee status determination regimes » de trois pays : la Belgique, la France et le Royaume-Uni. Les trois pays ont été sélectionnés selon le most similar systems design.

D’un point de vue empirique, je procède à une within-method triangulation. Ainsi, je croise (1) l’analyse documentaire (rapports officiels, lignes directrices, législations) (2) la conduite d’entretiens semi-directifs réalisés avec les fonctionnaires des administrations nationales chargées du traitement des demandes et (3) l’observation directe au sein des administrations nationales responsables de l’asile.

Vous étudiez l’Union européenne depuis le Canada, quels sont les atouts et les défis de cette posture ?

Le principal atout est de pouvoir prendre de la distance par rapport à mon objet d’étude et ainsi de me détacher de mes « œillères intellectuelles ». Effectivement, en étant plongé dans un contexte différent de celui que j’étudie, j’ai l’impression d’ouvrir mes perspectives de réflexions et d’aborder mon objet d’étude de façon plus innovante et originale.

Le principal défi est la récolte des données. Effectivement, étant donné la démarche empirique que j’utilise, je suis tenu de me rendre assez souvent en Europe et d’y rester parfois plusieurs mois pour mener mes entrevues et observations directes. De fait, j’ai cette sensation de vivre perpétuellement dans mes bagages.

Quel conseil donneriez-vous à un(e) étudiant(e) qui débute sa recherche sur l’Union européenne ?

Selon moi il est important d’avoir un port d’attache en Europe où l’on peut aisément se rendre lors de la récolte des données sur le terrain. Par port d’attache, j’entends un lieu où tout n’est pas complètement étranger et de préférence où l’on connaît quelques personnes pour pouvoir socialiser. Le fait d’être rattaché à une université européenne ou à un groupe de recherche basé en Europe est un énorme atout pour mener à bien son terrain.

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