Les attitudes des Français envers les Roms – Interview with Audrey Gagnon

Audrey Gagnon est candidate à la maitrise en science politique à l’Université de Montréal. Étudiante associée au Centre pour l’Étude de la Citoyenneté Démocratique et au Centre d’Excellence sur l’Union Européenne, elle détient un baccalauréat en études internationales de l’Université de Montréal.



Sur quoi porte votre recherche ?

Mon projet de recherche analyse les mécanismes de production des attitudes envers les minorités roms. J’observe l’impact des différents types de contacts sociaux, ainsi que l’influence des médias sur les attitudes des Français vis-à-vis des Roms. Ma recherche tente de répondre à la question suivante : comment les attitudes des Français face aux Roms se construisent-elles?

J’ai concentré mes recherches sur deux communes françaises ayant différentes politiques municipales face à la « question rom », c’est-à-dire, La Courneuve et Ivry-sur-Seine. Cette dissemblance m’a permis d’ajouter le concept de la compétition sociale à mon analyse de l’opinion face aux Roms.

Mon sujet de recherche a ainsi des répercussions sur la compréhension de la montée de l’exclusion des minorités au sein de l’Union Européenne, plus précisément, en France. L’utilisation de l’immigration en tant que bouc-émissaire idéal n’est pas un phénomène nouveau, cependant, avec l’ascension récente de l’extrême droite en Europe, analyser les craintes associées à l’immigration et la menace potentielle qu’elle représente à travers le discours de citoyens se montre pertinent.

Quel matériau utilisez-vous ?

J’évalue la façon dont se forment les attitudes envers les Roms, grâce à une étude qualitative des attitudes individuelles, en corroboration avec des données quantitatives sur l’opinion publique en France fournies par l’Eurobaromètre 2012 (393). Cette étude est réalisée à l’aide de données qualitatives obtenues lors d’entrevues semi-dirigées et d’observation non-participante effectuées dans les communes françaises de La Courneuve et d’Ivry-sur-Seine. Ces entrevues me permettent d’analyser le discours sur les Roms provenant de citoyens français entretenant différents types de contacts avec cette minorité ethnique. L’impact des médias dans la formation des attitudes est également observé.

Vous étudiez l’Union européenne depuis le Canada, quels sont les atouts et les défis de cette posture ?

Analyser un sujet de recherche qui semblait éloigné de chez moi rendait ma conceptualisation de la situation plus ardue. Or, une fois sur le terrain, lors de mes entrevues, ce défi s’est montré être un atout puisqu’il me poussait à poser d’avantage de questions contextuelles à mes répondants. Celles-ci se sont finalement révélées être indispensables dans ma collecte de données. De plus, le fait d’étudier un phénomène que nous ne retrouvons pas au Canada a permis de créer une juste distance entre mon sujet de recherche et moi. Dans le cadre de l’analyse de l’opinion publique, cette distance se montrait essentielle afin de comprendre les causes et implications du rejet ou de l’acceptation des Roms.

Quel conseil donneriez-vous à un(e) étudiant(e) qui débute sa recherche sur l’Union européenne ?

Mon meilleur conseil est d’aller sur le terrain afin d’y comprendre les dynamiques locales et ainsi avoir une vision plus complète du phénomène. L’observation permet un complément imagé aux mots que l’on retrouve dans les articles. Le fait d’observer ces images avec des yeux nouveaux, qui ne sont pas habitués à certains contextes européens, permet une vision, selon moi, plus critique et attentive aux détails.

 

 

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