La gouvernance informelle dans l’UE – Entrevue avec Xavier Gagnon-Lagacé

Xavier Gagnon-Lagacé est étudiant au Microprogramme de méthodologie d’analyse sociologique et détient une Maîtrise en science politique de l’Université de Montréal. Il est étudiant associé au Centre d’Excellence sur l’Union Européenne.



Sur quoi porte votre recherche ?

Je m’intéresse à la gouvernance informelle dans les arènes de négociation de l’Union européenne. Dans le cadre de ma Maîtrise, j’ai analysé l’émergence de l’Eurogroupe afin de comprendre pourquoi, étant donné l’existence d’un ensemble de règles et de mécanismes de prises de décisions formels, les gouvernements choisissent tout de même de créer des règles et des procédures informelles. En plus de m’intéresser aux facteurs expliquant le design institutionnel des différentes institutions informelles, je travaille présentement sur les attitudes des membres du Parlement européen vis-à-vis les décisions législatives conclues par le biais des «trilogues».

Étudier la gouvernance informelle est nécessaire puisque cette dernière met en évidence l’importance des différentes règles socialement partagées entre les acteurs qui entraînent des comportements différents de ceux anticipés par les dispositions formelles des traités. La dimension informelle suggère également un questionnement normatif sur la légitimité de ce genre d’arrangement institutionnel, puisque le souci d’efficacité que l’on retrouve généralement dans les procédures informelles se fait souvent au détriment de la transparence du processus.

Quel matériau utilisez-vous?

Afin d’analyser l’émergence de l’Eurogroupe au cours de la phase 3 de l’Union économique et monétaire, j’ai procédé par process tracing, afin de retracer le déroulement des négociations de 1995 à 1997 et j’ai mobilisé les informations déjà présentes dans la littérature. Quant à la perception des «trilogues», je développe présentement un sondage afin d’amasser les informations nécessaires auprès des parlementaires européens pour mesurer leur soutien à cette procédure législative informelle.

Vous étudiez l’Union européenne depuis le Canada, quels sont les atouts et les défis de cette posture ?

Bien que les chercheurs européens possèdent un avantage géographique pour l’accès et le développement de bases de données, la réalisation d’entrevues d’élite ou de sondages d’opinion, l’étude de l’UE depuis le Canada permet une compréhension différente des phénomènes politiques et offre des possibilités de comparaisons intéressantes. Comme l’UE et le Canada possèdent un système de gouvernance à niveaux multiples, la comparaison de l’influence des arrangements institutionnels de chacun sur les comportements politiques offre des possibilités de théorisation et de généralisation substantielles.

Quel conseil donneriez-vous à un(e) étudiant(e) qui débute sa recherche sur l’Union européenne ?

Comme l’UE possède son propre langage, souvent spécialisé, se familiariser avec les différentes approches théoriques de la littérature demeure un bon point d’entrée pour examiner les différents phénomènes politiques qui la caractérisent et faire sens des développements institutionnels successifs. Une fois familier avec le système politique européen, mon meilleur conseil serait d’aller au-delà des règles formelles des traités pour considérer comment agissent réellement les acteurs.

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